Ces flops de SF auraient mérité mieux qu’un simple statut culte

Dredd, Southland Tales et Annihilation ont raté le box-office. Pourtant, chacun avait de quoi lancer une vraie franchise.

Annihilation
Image d'illustration. Annihilation — Skydance Productions / PR-ADN
  • Trois flops SF avaient un vrai potentiel de saga
  • Dredd a surtout payé son timing
  • Annihilation devait lancer plusieurs films

La science-fiction a ce défaut étrange, elle repère parfois ses futurs classiques trop tard. On l’a vu avec Blade Runner, échec commercial à sa sortie malgré son importance, puis avec Total Recall, adaptation plus libre de Philip K. Dick qui a, elle, trouvé son public. Même terrain, résultats opposés. C’est aussi ce qui rend les échecs de Dredd, Southland Tales et Annihilation si frustrants, chacun avait assez de matière pour tenir bien plus qu’un seul film.

Dredd, le film de siège qui avait tout pour revenir

Chez Pete Travis, Dredd n’avait presque rien à voir avec la version de 1995 portée par Sylvester Stallone, à part une chose, le mur du box-office. Cette deuxième adaptation du comic 2000 AD, écrite par Alex Garland, suivait le juge incarné par Karl Urban, machine à faire régner l’ordre dans les rues de Mega-City One.

Le plus marquant, c’était sa forme. Un thriller de siège ultra-violent, nerveux, enfermé presque entièrement dans une tour criblée de balles, avec autour de Karl Urban un casting solide, Lena Headey, Olivia Thirlby et Domhnall Gleeson. Le problème, c’est le timing. Le film est arrivé peu après The Raid, autre assaut brutal dans une tour contrôlée par des trafiquants armés. Résultat, environ 36 millions d’euros (41,5 millions de dollars) au box-office pour un budget de plus de 26 millions d’euros (30 millions de dollars). Pas ridicule sur le papier, mais insuffisant pour lancer une suite.

Southland Tales, un chaos fascinant, mais trop vaste pour un seul film

Après Donnie Darko, on attendait beaucoup de Richard Kelly. Et il a vu grand, peut-être trop. Southland Tales, situé dans un futur alors très proche, celui de 2008, sort en 2007 après un passage désastreux à Cannes puis une post-production étirée sur 18 mois.

Le film aligne les idées comme d’autres alignent les personnages. Dwayne Johnson joue une star de films d’action amnésique chargée de sauver le monde. Seann William Scott incarne deux frères jumeaux dans des camps opposés pendant une guerre civile. Sarah Michelle Gellar est une actrice porno devenue vedette de la télé-réalité, Jon Lovitz un policier meurtrier, et Justin Timberlake un vétéran qui raconte aussi l’histoire.

Ajoutez encore Bai Ling, Wallace Shawn, Mandy Moore, Amy Poehler et Cheri Oteri. Pas mal de talent, oui. Mais un récit si serré dans sa propre démesure qu’il donnait presque l’impression d’avoir besoin d’un deuxième film juste pour respirer.

Annihilation, l’autre franchise avortée d’Alex Garland

La branche SF horrifique reste un pari. Pour quelques franchises qui percent, comme Alien ou Predator, il y a aussi des ratés visibles comme Event Horizon, Sunshine ou Pandorum. Annihilation, signé là encore Alex Garland, s’inscrit clairement dans cette zone grise.

Natalie Portman y joue Lena, ancienne soldate, qui entre avec d’autres chercheuses dans une zone mise en quarantaine et déformée par une présence extraterrestre. Pendant qu’elle cherche son mari disparu, l’endroit altère peu à peu celles qui l’accompagnent. Le plus frustrant est ailleurs, le film adaptait le roman de Jeff VanderMeer avec l’idée de lancer une quadrilogie tirée des livres Southern Reach. Vu le nombre de questions laissées ouvertes, on sent encore la place vide. Et c’est là que ces flops comptent, ils rappellent que la SF ne manque pas d’idées, elle manque parfois d’une deuxième chance.