En bref
- Cinq films de casse restent sous-estimés
- Le genre ne se limite pas à ses classiques
- Certains ont mieux vieilli que prévu
On juge souvent le film de braquage avec une règle absurde. S’il n’a pas la classe de Heat ou la mécanique de Ocean’s Eleven, il sort du radar. C’est un peu injuste, parce que le genre vit aussi de films moins iconiques, mais très bien tenus, et parfois plus intéressants qu’on ne l’avait vu à leur sortie.
Le casse souffre de ses propres géants
Le problème est là. Quelques monuments occupent tout l’espace, du coup des œuvres sorties au mauvais moment, mal défendues ou simplement moins tape-à-l’œil glissent entre les mailles. Pourtant, entre thriller de studio à budget moyen, drame criminel sec et récit tiré du réel, il y a pas mal de nuances dans cette sélection.
Des thrillers solides que le timing a mal servis
Prenez 21 Bridges, réalisé par Brian Kirk en 2019. Chadwick Boseman y joue un détective du NYPD pris dans une conspiration après une chasse à l’homme visant deux jeunes tueurs de policiers, pendant que Manhattan ferme ses 21 ponts pour empêcher toute fuite. Le film peut sembler prévisible, oui. Mais ce thriller de studio, carré et sans gras, a mieux vieilli depuis la disparition de Boseman en 2020, à 43 ans. Sa présence lui donne aujourd’hui un poids que la sortie en salles n’avait pas vraiment installé.
Autre raté de timing, Widows. Sur le papier, tout y était, Viola Davis, Steve McQueen, Liam Neeson, Daniel Kaluuya, plus un principe redoutable. Après la mort de quatre braqueurs lors d’une fusillade à Chicago, leurs veuves héritent de leurs dettes et montent à leur tour un casse pour reprendre la main. Le film a fait un parcours commercial moyen, puis s’est presque évaporé. Franchement, c’est sévère tant le résultat reste tendu, dense et remarquablement interprété.
Quand le braquage devient plus nerveux, plus triste, plus réel
Avec Before the Devil Knows You’re Dead, Sidney Lumet prenait le contre-pied du casse cool. Sorti en 2007, le film suit deux frères, joués par Philip Seymour Hoffman et Ethan Hawke, qui tentent de braquer la bijouterie de leurs parents. L’opération déraille, leur père, incarné par Albert Finney, se lance à la poursuite des coupables sans savoir qu’il traque ses propres fils. C’est sale, tendu, presque irrespirable, et clairement l’un des grands rôles tardifs de ce casting.
Et puis il y a Breaking, d’Abi Damaris Corbin. Là, le braquage n’a plus rien d’un fantasme. Inspiré d’un article d’Aaron Gell et d’une histoire vraie, le film suit Brian Brown-Easley, vétéran des Marines privés d’aide par les services aux anciens combattants, qui prend en otage une banque et ses employés pour récupérer l’argent qui lui manque. John Boyega y livre l’une de ses performances les plus fortes, avec l’un des derniers rôles de Michael K. Williams. Résultat, un film de casse qui parle surtout de survie.
Le film de casse peut aussi se réinventer
Reste American Animals, sans doute le plus singulier du lot. Avant Crime 101, Bart Layton racontait déjà un braquage réel, celui de quatre amis du Kentucky décidés à voler des livres rarissimes à la bibliothèque de Transylvania University. Avec Evan Peters et Barry Keoghan, le film joue autant sur le true crime que sur le thriller, avec une forme inventive et un vrai malaise moral.
Si ces cinq films comptent encore, ce n’est pas juste pour cocher une case de cinéphile. Ils rappellent surtout que le genre continue d’évoluer dès qu’on arrête de lui demander d’être le prochain Heat.