En bref
- Another Earth reste largement sous-estimé
- Le film parle de culpabilité, pas de spectacle
- Les fans de The OA y trouveront un écho
Le plus frappant avec Another Earth, c’est presque son faux air de grand film conceptuel. Une deuxième Terre apparaît, on imagine une machine à hypothèses, des règles, des révélations. Et non. Le film préfère regarder une femme écrasée par sa culpabilité.
Une autre Terre, mais surtout une vie brisée
Sorti le 22 juillet 2001 selon les informations disponibles, le film suit Rhoda Williams, adolescente brillante fascinée par l’astronomie, tout juste admise au MIT. Le soir où elle fête ça avec ses amis, elle prend le volant en état d’ivresse, entend à la radio qu’une seconde Terre vient d’être découverte, se laisse distraire, puis provoque un accident mortel. Sa trajectoire explose sur place.
Des années plus tard, après avoir purgé sa peine, Rhoda vit avec ce poids. C’est là que l’idée de science-fiction prend tout son sens, pas comme décor, mais comme révélateur. La possibilité de rejoindre cette Terre 2 ouvre moins une porte vers l’aventure qu’un gouffre intérieur.
Le film détourne un vieux fantasme de science-fiction
On a déjà vu mille variantes du grand et si. Une autre vie, un autre choix, une seconde chance. Ici, le film bifurque. Rhoda ne cherche pas vraiment à refaire sa vie, elle se rapproche de l’homme dont elle a détruit l’existence, et c’est là que tout devient plus trouble.
Ce geste ressemble à une tentative de réparation. Mais plus le récit avance, plus on comprend autre chose, elle tente aussi de calmer sa propre douleur. C’est sec, assez beau, et quand même plus adulte que beaucoup de récits du même genre. Pas de catastrophe liée à la seconde planète, pas de bascule horrifique. Juste une confrontation à soi-même, avec cette idée très simple au fond, la vraie question n’est pas toujours et si, mais que faire maintenant.
Pourquoi les fans de The OA devraient s’y arrêter
Le lien avec The OA ne tient pas seulement à une recommandation de cinéphile. Brit Marling a coécrit Another Earth, y joue aussi, et c’est elle qui a ensuite co-créé The OA. On retrouve une texture proche, le même goût pour les récits qui avancent lentement, la même façon de mêler l’étrange et l’intime.
Mais le vrai pont est thématique. Les deux œuvres parlent de trauma, de croissance arrachée à la souffrance, d’identité qui change avec l’expérience. Dans Another Earth, on rencontre Rhoda comme future étudiante promise au MIT, puis comme femme responsable d’une tragédie, puis comme personne transformée par la douleur qu’elle a causée et celle qu’elle transporte.
Un petit film au box-office, une grande idée au fond
Sa sortie limitée l’a laissé presque invisible au box-office. Il a tout de même rapporté environ 2 millions d’euros (1,9 million de dollars) pour un budget d’environ 92 000 euros (100 000 dollars). Pas mal pour un film aussi discret.
Bref, c’est souvent comme ça avec certaines œuvres de SF, elles promettent un monde et parlent en réalité de nous. Quinze ans plus tard, Another Earth garde cette force-là, une élégance triste, et une manière très nette de rappeler que la pop culture la plus durable n’est pas toujours celle qui fait le plus de bruit.