En bref
- BT se revendique comme le plus vieux groupe télécom, mais cette ancienneté repose sur une succession de sociétés et de réorganisations depuis 1846.
- Son histoire est marquée par de nombreux changements, du télégraphe privé à la nationalisation, puis à la privatisation en 1984.
- Aujourd’hui, BT mise surtout sur ses infrastructures, avec Openreach pour la fibre et EE pour le mobile/5G.
Le titre de plus vieux groupe télécom du monde, sur le papier, ça claque. Dans les faits, c’est bien plus tordu. BT Group peut remonter jusqu’à 1846, mais via un arbre généalogique d’entreprise, pas parce qu’une même société aurait traversé deux siècles sans broncher. Et ça change tout.
Le doyen autoproclamé
À l’origine, on trouve l’Electric Telegraph Company, lancée en 1846 par William Fothergill Cooke et l’homme d’affaires John Lewis Ricardo pour commercialiser la technologie de télégraphe électrique mise au point par Cooke avec Charles Wheatstone. En 1855, elle fusionne avec l’International Telegraph Company pour devenir l’Electric and International Telegraph Company. Puis, en 1870, le General Post Office récupère l’ensemble.
Donc oui, 1846. Mais par filiation.
Et BT n’est pas seul à pouvoir sortir un CV pareil. Telia remonte à une agence télégraphique d’Etat créée en 1853, Telecom Egypt à une première ligne de 1854, et Telenor à l’administration télégraphique norvégienne de 1855. La France, elle, peut même citer un réseau optique public datant de 1794. Le problème, c’est qu’on compare des histoires pleines de réorganisations, d’agences publiques et de sociétés commerciales. Bref, pas un simple concours de dates.
Une histoire télécom qui zigzague depuis l’époque victorienne
Au départ, le marché britannique ressemble à ce qu’on imagine d’une techno neuve au XIXème siècle. Des boîtes privées tirent leurs lignes, négocient avec les chemins de fer et se battent pour les clients pendant que les élus cherchent encore comment encadrer tout ça.
En 1868, pendant les débats, le député George Goschen lâche même qu’il est « tout à fait absurde » de croire que la Poste pourrait créer une « faim et une soif de télégrammes » dans les campagnes, où les lettres coûtent bien moins cher. Le Parliament passe quand même à l’action. Les réseaux privés sont rachetés puis regroupés sous contrôle public en 1870.
Le téléphone suivra presque le même chemin. La National Telephone Company est absorbée en 1912, Post Office Telecommunications devient British Telecom en 1980, puis British Telecommunications reprend formellement les activités télécoms et traitement de données de la Poste en 1981. En 1984, l’Etat lance la privatisation avec la vente d’une participation majoritaire dans BT plc. Une ligne droite, clairement non.
Le BT d’aujourd’hui, c’est surtout l’infra
Le BT actuel vend toujours au grand public via BT, Plusnet et EE, tout en gardant une activité de services aux entreprises. Mais la pièce maîtresse, c’est Openreach.
Cette filiale entretient et étend le principal réseau fixe du Royaume-Uni, avec ses câbles cuivre et fibre, puis ouvre cet accès à des centaines d’opérateurs qui vendent ensuite l’abonnement aux particuliers et aux entreprises. Si quelque chose rappelle encore l’esprit du vieux télégraphe, c’est là.
Depuis les réformes poussées par Ofcom, Openreach est juridiquement séparé, avec son propre conseil, ses salariés, sa direction et sa stratégie. Mais BT Group en reste propriétaire, parce que le régulateur n’a pas imposé une séparation capitalistique totale.
Fibre, 5G et retour de BT Mobile
Le virage mobile compte tout autant. BT a bouclé le rachat de EE en 2016, récupérant alors le plus grand réseau mobile du pays. Aujourd’hui, le réseau 5G+ de EE couvre 77% de la population britannique.
Et ce n’est pas tout. BT a relancé BT Mobile en 2026 pour ses clients broadband. Côté fibre, au 30 juin, l’empreinte full-fiber d’Openreach atteignait 23,4 millions de locaux, dont 9,4 millions déjà connectés. Les machines à télégraphe ont disparu depuis longtemps. Les câbles, eux, n’ont jamais quitté la partie.