En bref
- Anthropic annonce 16,3 milliards de dollars de revenus au premier semestre 2026, malgré des pertes financières importantes.
- L’entreprise s’appuie sur une clientèle professionnelle en forte croissance, avec des milliers de grands comptes.
- Son entrée en Bourse maintiendra le contrôle des fondateurs, tandis que le montant et le prix de l’action restent inconnus.
16,3 milliards de dollars. Voilà le chiffre qui claque dans le dossier boursier d’Anthropic pour le premier semestre 2026. Un an plus tôt, la société affichait 1,2 milliard de dollars sur la même période. L’échelle du saut est folle, et elle dit une chose très simple, l’IA générative n’est plus un pari de labo.
Des revenus qui explosent, des pertes encore hors norme
L’introduction en Bourse est désormais officielle. Anthropic vise une cotation sous le symbole ANT, après plusieurs semaines de documents qui avaient déjà fuité.
Le plus frappant, ce n’est même pas l’annonce elle-même. C’est ce mélange très 2026 entre croissance monstrueuse et comptes qui donnent le tournis. La perte opérationnelle retombe à 693 millions de dollars contre 2,1 milliards de dollars au premier semestre 2025. Mieux, donc. Mais la perte nette grimpe à 80,7 milliards de dollars largement à cause d’ajustements comptables non monétaires liés à de la dette convertible.
Et Anthropic ne joue pas les vendeurs de rêve sur ce point. L’entreprise prévient qu’elle pourrait ne pas atteindre la rentabilité, ou ne pas la maintenir dans le futur. Clairement, on est loin d’un business calmement installé.
Une machine de guerre déjà bien installée chez les entreprises
L’autre info, peut-être la plus importante si vous regardez au-delà du bruit boursier, c’est la profondeur du business enterprise.
À fin septembre, Anthropic comptait plus de 11.900 clients qui dépensent au moins 100.000 dollars par an. Il y en avait aussi 250 autour d’un tout autre niveau, avec plus de 10 millions de dollars annuels et 1900 au-dessus du million de dollars. Bref, pas mal de gros comptes, et pas juste quelques logos vitrine.
Une gouvernance qui verrouille le pouvoir après l’IPO
Là, on touche au vrai point sensible. Une fois en Bourse, Anthropic restera sous le contrôle de ses sept cofondateurs réunis dans la Founder LLC, avec 50,1% des droits de vote. On parle de Dario Amodei, Daniela Amodei, Tom Brown, Jack Clark, Jared Kaplan, Sam McCandlish et Christopher Olah.
La société défend cette structure en expliquant qu’elle sert sa mission de sécurité de l’IA. En parallèle, le Long-Term Benefit Trust, créé en 2023 pour garantir cette mission d’intérêt public, pourra nommer la majorité du conseil d’administration.
Mais le problème saute aux yeux. Le pouvoir de vote ne reflète pas vraiment la part économique détenue par les fondateurs, ce qui laissera très peu de prise aux futurs actionnaires publics sur une entreprise qui reconnaît elle-même développer une technologie pouvant créer des risques catastrophiques, voire existentiels, pour l’humanité. Et ça, pour une IPO aussi scrutée, ce n’est pas un détail.
Dernier angle mort, Anthropic n’a toujours pas dévoilé le montant visé par l’opération, ni le prix de l’action. Le décor est planté. Le chiffre final, lui, manque encore.