En bref
- Amazon vise toujours la neutralité carbone en 2040, mais ne sait pas encore précisément comment y parvenir.
- Ses progrès climatiques existent, mais dépendent aussi des gouvernements, des fournisseurs et des infrastructures.
- Le développement de l’IA et le recours prévu au gaz montrent la difficulté de concilier croissance et objectifs climatiques.
Une multinationale qui pèse 717 milliards de dollars de chiffre d’affaires admet ne pas savoir exactement comment atteindre le zéro émission nette d’ici 2040. Et quand cette multinationale s’appelle Amazon, l’aveu n’a rien d’anodin.
Un aveu rare pour un géant qui pèse lourd
Kara Hurst, directrice du développement durable chez Amazon, a récemment expliqué lors d’un événement organisé par Axios que l’entreprise continue d’avancer vers cette cible, mais sans prétendre connaître toutes les solutions pour y arriver. En gros, le cap reste le même, la carte n’est pas finie.
Ce moment de franchise a quelque chose d’assez réaliste, presque salutaire. Mais il dit aussi autre chose. Si un acteur de cette taille, dont l’activité touche presque tous les pans de l’économie, avance encore à vue sur un sujet pareil, ça pose une vraie question sur l’état du chantier global. Pas juste chez Amazon.
La remarque résonne d’autant plus que Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a déjà souligné le déplacement du pouvoir des États vers une poignée de grandes entreprises. Or quand le pouvoir bouge, la responsabilité suit aussi.
Amazon rappelle qu’il n’agit pas seul
Dans une réponse écrite, Kara Hurst a insisté sur un point, ce n’est pas un match entre les entreprises et les gouvernements. Selon elle, la lutte contre le changement climatique exige les deux, et exige qu’ils travaillent ensemble. Elle a aussi assuré que là où Amazon peut ouvrir la voie, le groupe le fait.
L’argument n’est pas sorti de nulle part. Amazon met en avant un portefeuille de 42 gigawatts d’énergie propre et se présente comme l’un des plus gros acheteurs mondiaux dans ce domaine depuis plusieurs années. L’entreprise souligne aussi une baisse de son intensité carbone, c’est-à-dire la pollution générée par euro de revenus. Mais ce bilan dépend de la période regardée, puisque l’an dernier cette intensité est repartie à la hausse par rapport à 2024, même si elle restait sous le niveau de 2022.
Et puis il y a la réalité de la machine Amazon. Aviation, agriculture, construction, IA, tout s’y croise. Ses émissions sont partout, donc sa décarbonation dépend aussi de ses fournisseurs. Seul, le groupe ne peut pas tout faire.
Des progrès affichés, mais un signal beaucoup moins propre
Le vrai caillou dans la chaussure, c’est l’IA. Plus tôt cette année, une enquête a révélé le projet de Amazon de construire une centrale électrique au gaz naturel de 7,65 gigawatts pour alimenter un campus de centres de données dédié à l’IA.
Le détail pique un peu. Les 35 turbines prévues pourraient rejeter jusqu’à 33 millions de tonnes de CO2 par an, ce qui en ferait la plus grande source unique de cette pollution aux États-Unis. Là, le discours de leadership climat prend un sérieux coup.
Pourquoi cet aveu dépasse largement le cas Amazon ?
Amazon répète qu’il reste comptable de son engagement pris dans The Climate Pledge, avec l’objectif de neutralité carbone en 2040. Cet engagement, dit Kara Hurst, n’a pas changé.
Mais les arbitrages, eux, parlent aussi. Avec peu d’exceptions, les entreprises privilégient la croissance du revenu à leurs promesses climatiques. Pour Amazon, qui exploite le plus grand service cloud au monde, l’IA ressemble visiblement à un moteur de revenus impossible à laisser filer. Bref, la grande promesse d’un marché qui verdirait tout seul montre ici sa limite, surtout quand même un leader du secteur mise gros sur le gaz.