OpenAI se rapproche de la Bourse malgré des finances sous tension

Image d'illustration. OpenAIOpenAI / PR-ADN
OpenAI a lancé en toute confidentialité sa procédure d’introduction en Bourse. Après Anthropic, la bataille pour capter l’argent du marché s’accélère.
En bref
- OpenAI dépose un projet d’IPO confidentiel auprès de la SEC, entrant dans une course directe avec Anthropic et d’autres géants de l’IA pour lever des capitaux.
- Malgré une valorisation massive et une base d’utilisateurs très large, l’entreprise reste sous forte pression financière avec des coûts d’infrastructure et un modèle encore déficitaire à moyen terme.
- L’IPO arrive dans un contexte chargé : concurrence intense avec Anthropic, débats sur les valorisations, et un historique marqué par des tensions internes et des controverses juridiques.
Le vrai sujet, ce n’est pas seulement l’IPO d’OpenAI. C’est le calendrier. Si Anthropic, OpenAI et SpaceX arrivent en Bourse à quelques mois d’écart, 2026 peut devenir une année complètement folle pour les marchés publics, avec une concentration de dossiers géants qu’on voit rarement.
Une fenêtre de tir qui peut tout changer
OpenAI a annoncé avoir transmis à la SEC américaine un projet d’enregistrement confidentiel pour une future introduction en Bourse. Pas de prix, pas de nombre d’actions à ce stade, ce qui est normal avec ce type de dépôt. Mais le timing parle tout seul, un peu plus d’une semaine après la démarche similaire d’Anthropic.
Et ce n’est pas un détail. Le premier à se lancer pourrait capter une part plus grosse d’un capital qui devient plus rare pour l’IA, d’autant que SpaceX est aussi attendu avec une valorisation d’environ 1540 milliards d’euros. La course est lancée, clairement.
Des chiffres immenses, mais un modèle encore sous pression
Sur le papier, OpenAI reste un monstre, valorisé récemment autour de 750 milliards d’euros après sa dernière levée. Sauf que les signaux financiers sont plus rugueux qu’on pourrait l’imaginer. D’après le Wall Street Journal, la société a raté ses propres objectifs de nouveaux utilisateurs et de revenus, pendant que sa directrice financière Sarah Friar aurait exprimé des inquiétudes sur la capacité du groupe à suivre ses dépenses massives en data centers.
Fin mars, l’entreprise a levé environ 107 milliards d’euros, dont près de 3 milliards d’euros venant directement d’investisseurs particuliers via des canaux bancaires. Mais elle prévoit aussi de dépenser à peu près cette somme en 2028 rien que pour la puissance de calcul dédiée à la recherche en IA. Cette même année, elle anticiperait encore un burn d’environ 75 milliards d’euros, même avec des ventes doublées. En gros, le marché devrait financer une société qui ne prévoit pas de générer plus de cash qu’elle n’en consomme avant au moins quatre ans.
Anthropic met la pression sur la valorisation
Le rival avance avec une histoire plus propre à raconter. Anthropic a indiqué être proche de son premier trimestre bénéficiaire, même si son rythme de dépense reste loin d’être léger, entre une levée récente d’environ 57 milliards d’euros et jusqu’à 32 milliards d’euros de dette potentiellement adossée à des puces.
Côté marché secondaire, l’écart bouge vite. Sur Forge Global, Anthropic a bondi jusqu’à environ 880 milliards d’euros, devant OpenAI, pointé autour de 774 milliards d’euros en avril 2026. David Shapiro, patron d’OpenVC, explique qu’Anthropic progresse bien plus vite cette année, mais ajoute qu’OpenAI n’a pas décroché, avec même un petit rebond récent. Pour certains investisseurs, les deux sont déjà vus comme les gagnants jumeaux de la course aux LLM. Sauf qu’un rapport de PitchBook juge aussi OpenAI surévalué par rapport à ses fondamentaux, et les documents d’Anthropic pourraient servir de référence gênante pour fixer le prix de son IPO.
La taille est là, les casseroles aussi
Fondée en 2015 comme labo de recherche à but non lucratif, OpenAI a fait exploser l’IA grand public avec ChatGPT en 2022. Depuis, la société a élargi ses offres aux entreprises et aux administrations, tout en gardant une image plus orientée grand public qu’Anthropic. Et la base d’utilisateurs est colossale, autour de 900 millions d’actifs hebdomadaires.
Mais l’entrée en Bourse arrive avec du passif. Il y a eu l’éviction de Sam Altman en 2022 par le conseil d’administration, son retour éclair, puis le départ de figures impliquées dans la crise comme le cofondateur Ilya Sutskever. Il y a aussi les procès, dont celui de l’État de Floride, qui accuse l’entreprise et Altman d’avoir nui à des enfants en fournissant des informations à des tireurs scolaires, des conseils d’automutilation et en rendant de jeunes utilisateurs dépendants. Le dossier intenté par Elon Musk, lui, a été rejeté car déposé hors délai. Et plus récemment, les dons personnels d’environ 11 millions d’euros chacun de Greg Brockman et de son épouse à des structures politiques pro-IA et pro-Trump ont encore ajouté du bruit. Pour une future société cotée, ça fait quand même beaucoup de lignes en petits caractères.