David Cronenberg : le réalisateur qui a failli offrir la suite culte jamais réalisée du polar parfait

Image d'illustration. Les Promesses de l'ombreSerendipity Point Films / PR-ADN
David Cronenberg a failli se retrouver aux commandes d’une suite très attendue dans le genre du thriller criminel, un projet ambitieux qui n’a finalement jamais vu le jour malgré l’engouement qu’il suscitait auprès des cinéphiles et de l’industrie.
Tl;dr
- La suite de Les Promesses de l’ombre n’a jamais vu le jour.
- Cronenberg et Mortensen voulaient explorer le retour en Russie.
- Plusieurs tentatives de relance du projet ont échoué depuis 2012.
Un film culte, un destin contrarié
Difficile d’imaginer que Les Promesses de l’ombre (Eastern Promises), réalisé par David Cronenberg, n’ait jamais eu droit à la suite qu’il méritait tant. Pourtant, ce thriller de 2007, qui s’aventure dans les bas-fonds du crime londonien, a longtemps alimenté l’espoir d’un second chapitre. À l’origine, tout semblait réuni : Cronenberg, Steven Knight au scénario et l’intense Viggo Mortensen, prêt à reprendre son rôle de Nikolai. La promesse était grande.
L’univers secret des voleurs russes
Dans le premier opus, la tension explose lorsqu’Anna Khitrova (interprétée par Naomi Watts) découvre un monde régi par des codes aussi stricts qu’incompréhensibles pour les non-initiés. Le personnage de Nikolai, faussement loyal à la mafia, mais en réalité agent infiltré du FSB, incarne parfaitement cette ambiguïté permanente. C’est justement cette double identité et le non-dit autour du passé russe des personnages qui auraient dû constituer le cœur d’une suite tant attendue.
L’ambition avortée d’un retour en Russie
À maintes reprises, Cronenberg a confié sa frustration face à une histoire demeurée inachevée : « C’était la première fois que j’étais tenté par une suite… Je voulais voir Nikolai retourner en Russie ». Le réalisateur rêvait de confronter ses héros à leurs racines sur leur propre territoire, pour sonder la tension entre leurs nouveaux pouvoirs londoniens et la nostalgie du pays natal. Le scénario écrit par Knight, décrit comme « excellent » par l’équipe, allait même jusqu’à explorer les liens ambigus entre Nikolai et Kirill.
Pour éclairer ces ambitions, on peut rappeler :
- Nikolai, sous ses tatouages de criminel, cache une vie d’agent double.
- L’ancrage russe manquait cruellement au premier film, centré sur l’exil.
- L’alchimie entre Mortensen et Cassel aurait dû être approfondie.
L’échec répété des suites envisagées
Malgré des années de discussions et plusieurs scripts aboutis – dont certains réutilisés sous forme de projets annexes comme « Body Cross » ou encore « Small Dark Look », avec l’éventuelle implication de Jason Statham – aucun n’a franchi l’étape décisive. En cause principalement : un contexte économique difficile et le manque de confiance du studio Focus Features, qui se montra frileux après un succès commercial jugé trop modeste (56 millions de dollars pour un budget de 27).
Aujourd’hui encore, alors que les rumeurs persistent çà et là, il semble peu probable qu’une suite voie le jour sous la forme imaginée à l’origine. Le regret demeure chez les fans comme chez ses créateurs : « C’est fini… Si vous n’aimez pas ça, adressez-vous à Focus », lâchait amèrement Cronenberg. Alors oui, il faut sans doute se résoudre à savourer ce chef-d’œuvre unique — tout en se demandant ce qu’aurait été le voyage inachevé de Nikolai vers sa Russie fantasmée.