Pour minimiser la rémunération de ses créateurs et acteurs, Fox a sous-estimé le succès de Bones

Image d'illustration. BonesFOX / PR-ADN
La chaîne Fox aurait minimisé le succès de la série Bones, ce qui lui aurait permis d’éviter de verser à son créateur et aux principaux acteurs les rémunérations qu’ils pouvaient légitimement attendre du programme.
Tl;dr
- Procès « Bones » révèle pratiques financières douteuses chez Fox.
- Fox a minimisé les profits, privant stars de royalties.
- Affaire illustre dérives de la verticalisation et du streaming.
Quand le succès de « Bones » expose les coulisses troubles de la télévision américaine
L’affaire judiciaire entourant la série à succès « Bones » jette une lumière crue sur des pratiques longtemps restées dans l’ombre à Hollywood. Diffusée sur Fox entre 2005 et 2017, cette fiction policière portée par Emily Deschanel et David Boreanaz n’a pas seulement captivé des millions de téléspectateurs : elle a également généré, selon des estimations, près d’un demi-milliard de dollars lors de ses sept premières saisons. Pourtant, derrière ce succès commercial retentissant, un vaste système d’« Hollywood accounting », c’est-à-dire des montages financiers complexes servant parfois à minorer artificiellement les bénéfices partagés avec les créateurs et acteurs.
L’époque du streaming : une faille exploitée par les studios
Au cœur du différend : la période charnière où le modèle économique bascule vers le streaming. Alors que la série devenait un atout phare pour la plateforme Hulu (également détenue par Fox), la direction du studio aurait selon l’arbitre manipulé ses ventes internes en sous-évaluant volontairement la valeur du programme. Résultat ? Les principaux bénéficiaires de droits – dont les deux stars, l’auteure Kathy Reichs, et le producteur exécutif Barry Josephson – ont vu leurs revenus fondre.
Concrètement, en pratiquant une forme d’intégration verticale – autrement dit vendre sa propre série à sa propre filiale pour un montant dérisoire –, le groupe contournait les accords de rémunération prévus initialement. Cette stratégie s’appuyait aussi sur une évolution réglementaire : depuis la fin progressive du « Paramount Decision », interdisant ce genre de montages depuis 1948, nombre de studios s’engouffraient dans cette brèche.
L’arbitrage qui a fait trembler Fox
Lorsque les plaignants décident d’attaquer en justice en 2015, ils accusent formellement le studio d’avoir volontairement trompé non seulement ses talents, mais aussi les arbitres chargés d’évaluer le litige. L’arbitre indépendant, Peter Lichtman, ne mâche pas ses mots : il constate une « culture d’entreprise avide de dissimulation et hostile à la vérité ». Il ordonne alors à Fox de verser 51 millions de dollars au quatuor lésé.
Paysage audiovisuel : rien n’est vraiment réglé
Certes, cette victoire judiciaire semblait marquer un tournant. Mais comme l’ont rappelé récemment les grandes grèves hollywoodiennes de 2023, le partage des profits issus du streaming reste largement opaque et contesté par ceux qui contribuent au succès des séries. Reste à voir si un éventuel revival de « Bones », aujourd’hui évoqué dans l’industrie, se jouera selon des règles plus équitables… ou si l’histoire n’est destinée qu’à se répéter.
Voici ce que l’affaire « Bones » met en évidence :
- Dérives contractuelles et financières facilitées par l’intégration verticale.
- Difficultés persistantes pour rémunérer équitablement créateurs et acteurs.
- Mécanismes opaques autour des revenus issus du streaming.