Pourquoi le remake de Total Recall déçoit les fans ?

Image d'illustration. Total RecallCarolco Pictures / PR-ADN
L’adaptation moderne échoue à restituer la densité narrative et la subversion de l’œuvre originale.
Tl;dr
- Les remakes hollywoodiens des films de Paul Verhoeven, comme Total Recall, échouent souvent à capturer l’esprit satirique et subversif des originaux.
- La version 2012, réaliste mais froide, perd l’humour noir, l’imaginaire visuel et la profondeur thématique du film de 1990.
- Même Paul Verhoeven critique sévèrement ces relectures, soulignant que revisiter son héritage reste un défi rarement réussi.
Hollywood, la tentation du remake : un pari souvent perdant
Depuis quelques années, une étrange manie semble s’être emparée des grands studios américains : revisiter sans relâche le patrimoine cinématographique de Paul Verhoeven. Pourtant, à bien y regarder, ces tentatives relèvent souvent d’un exercice périlleux où l’audace laisse place à la fadeur. L’exemple du Total Recall version 2012, mis en scène par Len Wiseman avec Colin Farrell, en dit long sur les limites de ce procédé.
L’âme satirique sacrifiée au réalisme
Le film original de 1990 porté par Arnold Schwarzenegger, adaptation très libre d’une nouvelle de Philip K. Dick, débordait de cette ironie mordante propre à Paul Verhoeven. Plus qu’un simple divertissement musclé, il jouait sans cesse avec le concept d’identité et multipliait les clins d’œil méta à la mythologie du cinéma d’action. Par contraste, le reboot opte pour un réalisme « terre-à-terre » où la dystopie semble désespérément banale — à tel point que l’on se demande qui pourrait rêver d’un monde aussi peu inspirant.
Au-delà de son ambiance froide, la version 2012 se distingue par sa facture léchée mais impersonnelle. Les séquences d’action s’enchaînent sans véritable impact durable ; les enjeux et les personnages manquent cruellement de chair. Là où le premier film plongeait sur Mars dans un univers foisonnant de mutants et d’opprimés, évoquant subtilement la tyrannie et la domination des puissances économiques grâce à des effets spéciaux inventifs (bien avant l’ère du tout numérique), le remake préfère rester sagement sur Terre.
Sous la surface brillante, un manque flagrant de profondeur
Certes, difficile de qualifier cette nouvelle mouture de simple copie conforme. Mais si elle reprend la trame centrale — ce protagoniste ordinaire nommé Douglas dont on implante artificiellement les souvenirs — elle ne parvient jamais à retrouver la densité thématique ni l’ambiguïté vertigineuse du matériau original. En somme :
- L’identité trouble du héros n’est plus qu’une ombre.
- L’humour noir et le second degré s’évanouissent.
- L’imaginaire visuel cède devant une esthétique standardisée.
Paul Verhoeven juge sévèrement ses imitateurs
Si certains critiques comme Roger Ebert ont su reconnaître quelques qualités à ce remake — tout en notant qu’il « n’a jamais réussi à le toucher émotionnellement » — le jugement du maître lui-même reste sans appel. Lors d’une rencontre publique en 2012, Paul Verhoeven aurait raillé le projet en répliquant aux accusations de « kitsch » portées contre son œuvre originale : selon lui, cette relecture n’est tout simplement pas « bonne. »
La conclusion s’impose alors d’elle-même : revisiter l’héritage satirique et subversif du cinéaste néerlandais reste un défi rarement relevé… Et peut-être Hollywood devrait-il enfin tourner la page sur ses classiques les plus insolents.