La série qui a révélé Billy Crystal au grand public fut ciblée par un boycott de l’Église catholique

Image d'illustration. SoapABC / PR-ADN
Billy Crystal a accédé à la notoriété grâce à une série télévisée devenue culte, mais celle-ci a suscité de vives réactions : la puissante Église catholique a appelé au boycott, provoquant une controverse nationale autour du programme.
Tl;dr
- Sitcom « Soap » a brisé des tabous dès 1977.
- Jodie Dallas, l’un des premiers personnages gays à la TV.
- Polémique : rejet par religieux et critiques de la communauté LGBT.
Une satire télévisuelle qui fait date
En 1977, la série américaine Soap, imaginée par Susan Harris, s’est imposée comme une satire mordante des feuilletons télévisés de l’époque. Avec ses histoires abracadabrantes – de l’enlèvement extraterrestre à la révolution communiste en passant par des intrigues amoureuses typiques du genre – la série n’a pas tardé à bousculer les codes. Parmi son casting, une révélation : le jeune Billy Crystal, qui y campe le personnage de Jodie Dallas. À cette époque, l’acteur amorçait tout juste sa percée sur la scène humoristique américaine.
Un personnage gay au cœur de la tempête
L’apparition de Jodie Dallas a immédiatement marqué les esprits. Rarement un personnage ouvertement homosexuel avait trouvé sa place dans une série grand public sur une grande chaîne. Fils de Mary Campbell (Cathryn Damon) et beau-fils du fantasque Burt (Richard Mulligan), Jodie revendiquait haut et fort son identité, tout en naviguant entre acceptation et rejet au sein de sa propre famille. Sa relation avec Dennis, un joueur de football présumé hétérosexuel, soulève même à l’époque la question inédite du mariage pour tous – sujet encore illégal. L’intrigue va jusqu’à évoquer une chirurgie d’affirmation de genre, avant d’être abandonnée.
Entre polémiques et débats communautaires
Le personnage ne laisse personne indifférent : si des organisations religieuses conservatrices se déchaînent contre ce qu’elles perçoivent comme une apologie de « l’immoralité », menant des campagnes d’écriture massives contre ABC, la critique ne vient pas uniquement d’un camp. Au sein même des milieux LGBTQ+, le traitement réservé à Jodie suscite malaise et colère : interprété par un acteur hétérosexuel, écrit sans réel ancrage dans les réalités queer, il cristallise tous les clichés médiatiques alors en vogue (confusion entre homosexualité, travestissement ou transidentité).
Pour clarifier le débat, voici ce que reprochaient certains membres de la communauté :
- Flou autour de l’orientation sexuelle et du genre
- Clichés persistants dans l’écriture des intrigues queer
- Difficulté à s’identifier pour les spectateurs concernés
Réactions et héritage mitigés
Sous pression, ABC choisit d’ignorer les protestations religieuses, mais engage un dialogue inédit avec des associations LGBT afin d’ajuster certaines histoires jugées problématiques — notamment celle autour de la chirurgie. Pourtant, malgré ces avancées, la série reste bridée par les règles strictes du moment : aucun contact physique entre Jodie et Dennis n’est autorisé à l’écran.
Après quatre saisons et 85 épisodes diffusés jusqu’en avril 1981, « Soap » demeure un jalon pour la représentation queer à la télévision… même si son humour outrancier comme ses références paraissent aujourd’hui datés à ceux qui n’ont pas connu l’effervescence télévisuelle des années 1970. En somme : un témoignage complexe, mais fondateur d’une autre époque du petit écran américain.