Quand les patrons de l’IA vendent un futur qui sonne faux

Entre podcasts pour enfants, rendez-vous gérés par des bots et vie de famille assistée, les patrons de l’IA donnent l’impression de viser à côté.

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Image d'illustration. IA — ADN

En bref

  • La Silicon Valley veut étendre l’IA à presque tous les aspects de la vie quotidienne.
  • La parentalité et les relations amoureuses deviennent elles aussi des terrains d’expérimentation.
  • Cette perspective suscite un rejet grandissant chez ceux qui veulent préserver les contacts humains.

L’idée d’une IA qui vous aide, pourquoi pas. L’idée d’une IA qui se glisse dans votre rôle de parent, dans vos rendez-vous amoureux ou dans vos conversations de couple, là, ça commence à grincer. Et c’est précisément ce malaise qui remonte quand plusieurs patrons de la tech décrivent leur futur idéal.

Le vrai problème, ce n’est pas juste la com

Chez TechCrunch, Amanda Silberling résume ça en disant que le souci tient à la fois au marketing et au produit. Autrement dit, ces dirigeants parlent parfois mal de leurs outils, mais ils révèlent aussi un biais plus profond sur ce qu’il faudrait vraiment optimiser.

Le fond du débat est assez simple. Il existe un énorme intérêt financier à convaincre tout le monde d’utiliser l’IA partout, tout le temps. Sauf qu’en poussant cette logique jusqu’au bout, le tableau vendu devient vite froid, parfois carrément dystopique. Pas franchement le pitch rêvé.

Quand l’IA veut s’inviter dans la famille et le couple

Le cas le plus récent, c’est Marissa Mayer, patronne de Dazzle AI, critiquée après avoir expliqué qu’elle utilisait un outil d’IA pour l’aider sur une description scolaire de sa fille. Avant elle, Sam Altman, chez OpenAI, avait évoqué des podcasts personnalisés pour les trajets des enfants vers l’école, allant jusqu’à dire qu’il n’imaginait pas être parent sans ChatGPT.

Et ce n’est pas fini. Mark Zuckerberg, chez Meta, a aussi laissé entendre qu’il deviendrait plus acceptable de confier à l’IA une partie de ses besoins sociaux et romantiques. De son côté, Whitney Wolfe Herd, patronne de Bumble, avait imaginé des concierges IA, voire des IA qui se fréquentent avant de présenter les humains. Dit comme ça, on dirait un épisode un peu raté de Black Mirror.

Optimiser la vie, jusqu’à l’appauvrir

Ce qui gêne, ce n’est pas seulement le côté gadget. C’est cette impression qu’on cherche à retirer les gens de l’équation. Amanda Silberling parle d’un futur où l’interaction humaine de base se fait de plus en plus contourner, et elle ajoute : « Appelez-moi vieille école, mais je pense que le fait que les humains puissent se parler est probablement une bonne chose pour la société ».

Elle note aussi un réflexe déjà bien installé. Commander à manger en ligne paraît normal, appeler un restaurant semble presque bizarre. Bref, on voit bien l’intérêt pratique. Mais quand la logique s’étend aux rencontres, à l’éducation des enfants ou à la vie de couple, ça coince. Confier à un ordinateur le choix de la personne avec qui sortir, en supposant qu’il vous connaît mieux que vous-même, ça reste un pari franchement bancal.

La Silicon Valley parie encore sur le futur, mais le public freine

Le sujet tombe à un moment sensible. Anthropic se prépare à entrer en Bourse alors que Wall Street commence à montrer moins d’appétit pour les dépenses massives autour de l’IA. Et derrière, une vraie question flotte, celle de savoir si ces dirigeants construisent pour les gens normaux, ou surtout pour leurs propres obsessions.

La tech a déjà gagné ce genre de pari. Uber, au départ, semblait conçu pour une niche d’early adopters urbains avant de s’étendre largement. Sauf qu’ici, le contexte a changé. Une partie du public dit clairement qu’elle ne veut pas voir chaque expérience de vie transformée en process optimisé. Le retour des flip phones ou des CD, face aux algorithmes, raconte la même tension. On veut du confort, oui. Pas se faire évacuer de sa propre vie.

Jordan Servan

Spécialiste Tech

Rédacteur sur Begeek.fr depuis 2014, passionné par les jeux vidéo, les séries TV et le cinéma.

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