Modérateurs en détresse : le scandale TikTok

Image d'illustration. TikTokADN
Exposés à des contenus traumatisants, des dizaines de salariés se retrouvent licenciés et contestent la décision en justice.
Tl;dr
- Près de 400 modérateurs de TikTok au Royaume-Uni ont été licenciés juste avant un vote sur la reconnaissance syndicale.
- TikTok justifie ces suppressions par l’usage croissant de l’intelligence artificielle, tandis que les salariés dénoncent un geste antisyndical.
- Les anciens modérateurs, exposés à des contenus traumatisants et mal protégés, portent désormais l’affaire devant le tribunal du travail britannique.
Une vague de licenciements qui fait polémique
Quelques jours à peine avant un vote décisif pour la reconnaissance syndicale, près de 400 modérateurs de contenu chez TikTok, basés au Royaume-Uni, ont été brutalement licenciés. Selon des sources relayées par The Guardian, ce licenciement massif est survenu dans un contexte où les salariés cherchaient à s’organiser collectivement afin d’obtenir davantage de protection face à la pénibilité de leur tâche : traiter quotidiennement des contenus parmi les plus traumatisants du web.
L’ombre de l’intelligence artificielle plane sur le dossier
TikTok, mise en cause pour pratiques antisyndicales — ou union-busting — nie en bloc. L’entreprise affirme que ces suppressions d’emplois n’ont rien à voir avec le mouvement syndical, arguant plutôt d’une réorganisation rendue nécessaire par l’adoption croissante de l’intelligence artificielle dans la modération des contenus. D’après ses chiffres, près de 91% des publications non conformes seraient aujourd’hui supprimées automatiquement. Pourtant, certains observateurs relèvent que l’annonce du plan social remonte au mois d’août, moment même où des centaines de modérateurs basés à Londres faisaient entendre leur voix pour une meilleure reconnaissance syndicale.
Sous haute tension : le quotidien des modérateurs
Pour comprendre la crispation ambiante, il suffit d’écouter John Chadfield, délégué national du syndicat CWU. Selon lui : « Les modérateurs ont le métier le plus dangereux d’internet. Exposés aux pires contenus — abus sexuels sur mineurs, exécutions, violences liées à la drogue ou à la guerre — ils veillent chaque jour à ce que ces images n’atteignent pas les 30 millions d’utilisateurs mensuels britanniques ».
Faiblement rémunérés et soumis à une pression constante, ces salariés réclamaient principalement :
- Un droit de regard sur leurs conditions de travail et leurs méthodes ;
- Des moyens supplémentaires pour assurer leur mission essentielle ;
- Une sécurité psychologique accrue.
Bataille juridique et enjeux sociaux majeurs
À présent privés d’emploi juste avant ce scrutin déterminant, plusieurs anciens salariés ont décidé d’engager une action devant le tribunal du travail britannique. Ils accusent TikTok non seulement de licenciement abusif mais aussi de violation du droit syndical au Royaume-Uni. Pour eux comme pour leurs représentants syndicaux, ce timing interroge : « Annoncer ces coupes alors qu’un vote syndical s’organise sent la manœuvre antisyndicale et place l’intérêt financier bien avant la sécurité des employés et du public », dénonce John Chadfield.
En toile de fond se dessine ainsi un débat crucial sur la place accordée à l’humain dans la modération numérique à l’heure où l’automatisation avance tambour battant.