En bref
- Les téléphones à clapet japonais, appelés gara-kei, disparaissent progressivement face à la généralisation des smartphones.
- L’arrêt des réseaux 3G, notamment celui de NTT Docomo en mars, accélère le déclin de ces appareils.
- Le vieillissement de la population et les efforts pour démocratiser les smartphones poussent même les utilisateurs les plus fidèles à changer leurs habitudes.
En 2025, les smartphones représentent 98% des possesseurs de mobile au Japon, contre 90% en 2021 d’après Docomo. Et sur le même mouvement, les expéditions de feature phones ont plongé de plus de 25% au premier semestre de l’exercice 2025, sous les 400.000 unités selon MM Research Institute. Le message est limpide, les téléphones à clapet japonais vivent leurs derniers tours de piste.
Le basculement est presque total
On parle ici des gara-kei, contraction de Galapagos keitai. Le surnom dit pas mal de choses, des mobiles pensés dans un écosystème très japonais, longtemps à part. Là où les vieux clamshells ont quasiment disparu ailleurs, eux ont continué à exister, puis à muter avec des modèles hybrides, les garaho, chez des marques comme Kyocera, avec Android et la 4G dans un format à rabat.
Pourquoi les gara-kei ont duré si longtemps ?
Si ces appareils ont tenu, ce n’est pas juste par nostalgie. Ils étaient solides, agréables à utiliser avec leur clavier physique, souvent très réussis côté design, et certains faisaient des choses franchement en avance. Réception de la TV One-Seg, échange de contacts par infrarouge bien avant Apple et son NameDrop, coloris vifs, attache pour gri-gris, le tout avec une 3G suffisante pour des usages légers.
Surtout, ces téléphones savaient payer. Grâce à des puces intégrées, ils servaient pour le train ou les courses, avec des forfaits abordables. Au Japon, ce n’était pas un objet rétro, c’était un outil du quotidien. Et ça change tout.
La 3G coupée, le vrai coup de grâce
Le moment où tout s’accélère, c’est l’arrêt du service de données 3G de NTT Docomo en mars. D’après The Guardian, la coupure touche environ 500000 personnes et plus de 400 modèles de téléphones au Japon. Elle affecte aussi des systèmes de navigation automobile et même des distributeurs automatiques.
Ce n’est pas arrivé d’un coup. au avait déjà mis fin à la 3G en 2022, puis SoftBank en 2024. Cette fois, le clapet se referme pour de bon.
Le vieillissement du pays change aussi la donne
Un autre facteur pèse lourd, la démographie. En 2024, 29% de la population japonaise a 65 ans ou plus, selon le World Economic Forum. Dans un pays marqué par des dizaines de milliers de morts solitaires parmi les personnes âgées, la maîtrise des outils numériques est devenue un sujet très concret.
Tokyo a ainsi distribué 3000 smartphones à des seniors en 2021, rapportait Japan Today. Et Docomo pousse ses cours en boutique pour apprendre les gestes, la navigation web et l’usage du smartphone. Bref, même les plus attachés au flip phone, y compris certains jeunes partis s’y réfugier pour fuir les distractions, devront souvent revenir au smartphone s’ils veulent rester connectés. Fin d’époque, clairement.