Les « slop factories » : l’envers du web automatisé

Image d'illustration. Réseau numériqueADN
Plus de 200 sites auraient adopté un système automatisé visant à générer du trafic et des revenus publicitaires.
Tl;dr
- Une enquête de DoubleVerify révèle un réseau coordonné de plus de 200 sites utilisant l’IA pour produire du contenu automatisé et sensationnaliste.
- Ces plateformes génèrent articles, images et diaporamas à faible coût afin de maximiser les clics et les revenus publicitaires, sans réelle ambition journalistique.
- Le phénomène menace la confiance en ligne, en rendant plus difficile la distinction entre information fiable et contenu manipulé par IA.
Un réseau coordonné de « slop factories » démasqué
L’enquête menée par les spécialistes de la cybersécurité chez DoubleVerify vient tout juste de lever le voile sur une pratique devenue inquiétante : la prolifération des contenus générés par intelligence artificielle, ou « AI slop », sur plus de 200 sites internet. Derrière ce que l’on pourrait confondre avec d’innocents blogs lifestyle ou de prétendus médias d’information, se cache en réalité un système parfaitement huilé baptisé AutoBait.
À la surface, ces plateformes semblent anodines. Pourtant, l’investigation a mis à jour un mode opératoire redoutable : production automatisée d’articles, création d’images par IA, et multiplication de diaporamas au style racoleur. Le tout guidé par des instructions soigneusement insérées dans le code source – découvertes par hasard – qui ordonnent à l’intelligence artificielle de générer du contenu sensationnaliste, jouant sciemment sur les peurs ou l’urgence.
L’économie du faux : efficacité redoutable à moindre coût
Si la rapidité et le volume sont frappants, le coût de cette stratégie l’est tout autant. Selon les experts, chaque page créée ne coûterait pas plus de 2,25 dollars à produire. Là où jadis il fallait mobiliser des équipes entières de rédacteurs, il suffit désormais d’un script automatisé et de quelques prompts pour alimenter des centaines de sites en articles destinés à engranger des millions d’impressions publicitaires.
Le but n’a rien à voir avec une quelconque démarche journalistique : il s’agit purement d’attirer les clics et d’accumuler les recettes publicitaires. D’autant que les marques elles-mêmes se retrouvent souvent piégées : leurs annonces apparaissent sur ces plateformes sans qu’elles en aient toujours conscience.
Des techniques sophistiquées pour tromper lecteurs et annonceurs
Ce qui rend ce phénomène particulièrement problématique, c’est le niveau d’imitation atteint. Les chercheurs ont découvert que les instructions laissées aux modèles IA visaient explicitement à :
- Sensationaliser l’introduction pour capter immédiatement l’attention.
- Insuffler des émotions fortes (peur, urgence).
- Multiplier les formats cliquables, comme les diaporamas ou fausses photos réalistes.
Tout est pensé pour manipuler et retenir le lecteur dans une logique quantitative.
La confiance menacée à l’ère du « AI slop »
Cette nouvelle génération de « content farms » pose un défi inédit : différencier le vrai du faux devient un casse-tête aussi bien pour les internautes que pour les annonceurs avertis. Alors que la barrière technologique s’effrite chaque jour davantage, certains craignent que le web ne soit inondé par cette vague insidieuse d’informations sans valeur ajoutée. L’enjeu majeur reste alors la préservation d’une information fiable dans un environnement numérique où la quantité prime trop souvent sur la qualité.