Pourquoi Star Trek TNG a gagné en étant rejetée par les networks

Les grands réseaux américains ont dit non à Star Trek: The Next Generation. Ce refus a poussé Paramount vers la syndication, et changé le destin de la série.

Star Trek
Image d'illustration. Star Trek — Paramount / PR-ADN

En bref

  • Les grands networks ont refusé la série
  • Paramount a choisi la syndication
  • Ce choix a assuré liberté et stabilité

Le plus surprenant, avec Star Trek: The Next Generation, c’est peut-être ça : la série a profité d’un refus. À la fin, le non de CBS, NBC, ABC et de la jeune Fox a poussé Paramount vers une solution bien plus solide pour elle, la syndication.

Un refus qui a tout déclenché

Les grands réseaux américains n’ont pas fermé la porte par mépris pour la science-fiction. Ils ont surtout jugé les conditions de Paramount trop contraignantes. Le studio voulait un créneau horaire fixe, sans préemption, y compris pour de gros événements comme le football américain. Il demandait aussi une saison complète de 26 épisodes, avec une vraie machine promo derrière.

Pour les networks des années 1980, céder autant de contrôle à un studio sur une série SF, même portée par une marque connue, c’était beaucoup. Résultat, refus général.

Paramount voulait garder la main

Cette fermeté ne sortait pas de nulle part. Après le demi-échec de Star Trek: The Motion Picture en 1979, Gene Roddenberry, créateur original de Star Trek, avait été écarté de la production des films suivants. Il s’est alors recentré sur un retour à la télévision, avec une série située un siècle après les aventures du capitaine Kirk.

Dans ce contexte, Paramount, propriétaire de la franchise au terme d’un héritage industriel lié à CBS et NBC, ne voulait visiblement pas reproduire un schéma où d’autres dictent la marche à suivre. Le choix est cohérent. Et franchement, pour une franchise aussi codée, cette envie de garder la main se comprend assez bien.

La syndication, pari risqué mais décisif

Plutôt que d’assouplir sa position, Paramount Television, alors dirigée par Mel Harris, a vendu The Next Generation directement en syndication. En gros, la série passait par des chaînes locales au lieu d’un grand réseau national.

C’était risqué sur le papier. Mais ce modèle a donné à la série ce qu’elle réclamait depuis le départ : un horaire stable, une visibilité régulière et une promotion locale massive. Le public a suivi, et pas à moitié, puisque sept saisons ont été produites sous cette formule.

Une stratégie qui a dépassé la série

L’absence d’un réseau central, avec ses priorités et ses arbitrages, a aussi offert plus de liberté créative à The Next Generation. La série a gagné en notoriété auprès d’un public large, pas seulement chez les fans déjà acquis.

Surtout, ce succès a fait école. Deep Space Nine a lui aussi profité de la syndication, tout comme d’autres séries populaires des années 1990, de Xena à Hercules. Ce n’est qu’en 1995 que Paramount est revenu vers un modèle plus classique, avec le lancement de son propre réseau, l’UPN, et Voyager en série d’appel. Le contraste est net : en voulant éviter les compromis au départ, Paramount a trouvé la formule qui a durablement installé Star Trek à la télévision.

Vos questions, nos réponses

La syndication, ça veut dire quoi exactement ?

La syndication consiste à vendre un programme station par station, ou groupe local par groupe local, au lieu de passer par un seul grand réseau national. Pour une série comme The Next Generation, cela permettait d’obtenir des cases de diffusion plus stables et une promotion adaptée à chaque marché local.

Pourquoi l’absence de préemption comptait autant ?

Une préemption, c’est quand une chaîne déprogramme un programme prévu pour le remplacer par un événement jugé prioritaire, par exemple du sport. Pour une série en lancement, perdre régulièrement sa case horaire casse les habitudes du public. Paramount voulait éviter ce problème dès le départ.

Le refus des networks était-il un mauvais calcul ?

Avec le recul, oui, au moins sur le plan industriel. Les networks n’ont pas voulu abandonner trop de contrôle, ce qui se comprend. Mais cette prudence a laissé à Paramount l’occasion de bâtir un modèle plus favorable à sa franchise.

Pourquoi 26 épisodes faisaient-ils peur aux chaînes ?

Une commande de 26 épisodes engage fortement une grille et un budget promo sur la durée. Pour les diffuseurs, cela revenait à s’attacher très tôt à une série ambitieuse, dans un genre qui restait moins central que les grands formats généralistes de l’époque.

Morgan Fromentin

Spécialiste Pop Culture

Depuis 2018, je décrypte l'actualité technologique ainsi que les dernières nouveautés cinéma et séries sur Begeek.fr.

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