Le succès de Stranger Things contredit les prédictions du patron de Netflix sur l’avenir du cinéma et des séries

Image d'illustration. Stranger ThingsNetflix / PR-ADN
Le succès continu de Stranger Things remet en question les récentes déclarations du patron de Netflix sur l’évolution des séries et du cinéma, soulevant des doutes sur la vision stratégique de la plateforme quant à l’avenir du divertissement audiovisuel.
Tl;dr
- Le succès cinéma de Stranger Things contredit Netflix.
- Les formats courts menacent les salles et le modèle traditionnel.
- Netflix-Warner : l’avenir du grand écran reste incertain.
L’expérience cinéma : un atout que Netflix peine à reconnaître
Au moment où la plateforme Netflix prépare l’acquisition de Warner Bros., le débat sur la place du cinéma en salle face au streaming se ravive. Les propos tranchés de Ted Sarandos, PDG de Netflix, ont agacé plus d’un amateur de grand écran. Ce dernier qualifie volontiers l’expérience cinématographique d’« obsolète », prônant des fenêtres de diffusion réduites en salles, convaincu que le public préfère désormais découvrir les nouveautés chez lui.
Pourtant, ces convictions semblent bousculées par les chiffres récents. En effet, la sortie événementielle du final de Stranger Things dans plus de 620 cinémas américains durant seulement deux jours a généré plus de 25 millions de dollars. À titre de comparaison, le blockbuster Avatar : De feu et de cendres, diffusé au même moment dans près de 3 800 salles, a récolté moins sur cette période. Et fait notable : alors que l’épisode était déjà disponible sur la plateforme, des milliers de spectateurs ont choisi la magie collective du grand écran plutôt que le confort domestique.
Cinéma ou streaming : le dilemme des studios
Ce phénomène ne se limite pas à une seule série. L’été dernier, le film d’animation sud-coréen Kpop Demon Hunters, déjà disponible sur Netflix, a réussi l’exploit de prendre la tête du box-office américain lors d’une sortie limitée, engrangeant autour de 18 millions de dollars. Ces succès soulignent que l’expérience partagée en salle, loin d’être dépassée, continue d’attirer un public large dès lors qu’un événement suscite suffisamment d’enthousiasme.
Les analystes s’interrogent donc : si l’accord entre Netflix et Warner Bros. aboutit, quelle sera la place réservée à une véritable carrière en salle pour les films estampillés Warner ? Traditionnellement, les productions Netflix bénéficient d’une fenêtre très courte — parfois limitée à 17 jours — avant leur arrivée sur la plateforme. Cette stratégie, jugée nocive par beaucoup pour l’économie des multiplexes déjà fragilisés par la pandémie, prive également certains films du temps nécessaire pour s’imposer au box-office.
L’avenir incertain du grand écran face au modèle Netflix
Face aux chiffres impressionnants réalisés par des titres comme A Minecraft Movie, Sinners ou encore les récents succès Warner en salle, une question demeure : Netflix saura-t-il adapter sa stratégie pour préserver cet écosystème ? Si la tentation est grande pour la plateforme de privilégier des formats courts créant une rareté artificielle — et donc une ruée vers les places — rien ne dit que ce modèle soit durable.
Certes, le monde change et il est indéniable que nos habitudes cinématographiques évoluent. Mais force est de constater qu’aucun salon ne remplacera jamais totalement l’émotion collective ressentie dans une salle plongée dans l’obscurité face à un film attendu. Comme souvent dans ce secteur, tout reste suspendu aux choix stratégiques des géants du streaming — et à leur capacité à entendre ce message venu tout droit… du public lui-même.