Dark Shine : l’histoire secrète derrière Shining

Le roman culte aurait pu suivre une famille dans un parc d’attractions déserté, une idée abandonnée mais ressuscitée plus tard dans Joyland.

Shining
Image d'illustration. Shining — ADN

Tl;dr

  • Stephen King n’a jamais accepté la vision sombre et froide de Kubrick pour Shining, qu’il juge éloignée du cœur de son roman.
  • À l’origine, l’histoire devait se dérouler dans un parc d’attractions hanté, avant que King n’opte pour l’hôtel isolé des montagnes.
  • Des décennies plus tard, l’auteur concrétisera cette idée abandonnée avec Joyland, renouant avec l’univers forain qui l’avait inspiré.

Un désaccord persistant

Depuis plus de quarante ans, le conflit artistique entre Stephen King et Stanley Kubrick sur l’adaptation cinématographique de Shining suscite des débats passionnés parmi les amateurs de cinéma et de littérature. Si le film sorti en 1980 s’est imposé comme une référence du genre, son auteur n’a jamais caché son amertume face aux choix radicaux opérés par le réalisateur. Pour Stephen King, la vision de Stanley Kubrick, pessimiste et parfois arbitraire, trahissait la métaphore originelle : celle d’un homme brisé par ses démons et non intrinsèquement violent.

Le roman fantôme du parc d’attractions

Ce que l’on sait moins, c’est que la genèse de Shining aurait pu emprunter une voie nettement plus fantasque. Lors d’un entretien accordé en 2013 à l’émission américaine Fresh Air, Stephen King est revenu sur les balbutiements du projet, révélant qu’il avait songé, enfant déjà fasciné par les foires du Maine comme la Topsham Fair, à situer l’action dans un parc d’attractions hanté. À l’époque, le récit devait suivre une famille chargée d’entretenir le lieu durant l’intersaison, avec pour toile de fond manèges abandonnés et stands désertés. L’ouvrage portait même un titre provisoire : Dark Shine.

L’hôtel isolé, un choix décisif

Finalement, la tentation du parc fut abandonnée au profit du fameux hôtel reculé et enneigé qui hantera durablement l’imaginaire collectif. Ce glissement s’explique sans doute par la volonté d’offrir à l’histoire une dimension plus tragique, moins burlesque. Pourtant, ce projet initial continuera longtemps de hanter son créateur.

L’héritage revisité avec Joyland

Bien des années plus tard, en 2013 précisément, Stephen King concrétisera enfin ce vieux rêve littéraire en publiant Joyland. Cette fois-ci, il pose ses valises dans un décor d’amusement où plane le souvenir d’un meurtre inexpliqué : celui de Linda, dont le fantôme rôde encore. Plus proche du roman policier que du pur fantastique, ce texte permet à Stephen King de renouer avec cette ambiance foraine qu’il affectionne depuis toujours.

Si la querelle autour de Stanley Kubrick et de sa relecture continue d’alimenter discussions et polémiques — certains critiques saluent sa maestria visuelle tandis que Stephen King revendique la justesse émotionnelle de sa propre version télévisée — il demeure fascinant d’imaginer ce qu’aurait été Shining sous les néons vacillants d’un parc abandonné.

Jordan Servan

Spécialiste Pop Culture

Rédacteur sur Begeek.fr depuis 2014, passionné par les jeux vidéo, les séries TV et le cinéma.

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