Dans les années 1970, Godzilla affronte la pollution dans un film-monstre totalement déjanté

Image d'illustration. Godzilla vs. HedorahToho / PR-ADN
Dans les années 1970, l’une des aventures les plus insolites de Godzilla l’a opposé à la pollution elle-même, offrant un film de monstre extravagant où le célèbre kaiju affronte une menace née des excès environnementaux humains.
Tl;dr
- Un Godzilla unique : ton décalé et message écologique.
- Combats apocalyptiques contre Hedorah, monstre issu de la pollution.
- Film culte, longtemps rejeté par ses propres producteurs.
Un Godzilla à part : expérimentation et écologie
En 1971, Yoshimitsu Banno prend tout le monde à contre-pied avec « Godzilla vs. Hedorah », une œuvre qui tranche radicalement avec le reste de la saga. Seul film de la franchise écrit et réalisé par Banno, il fait figure d’ovni, posant un regard singulier sur le célèbre monstre. En rupture totale avec les réalisations des habituels Ishiro Honda ou Jun Fukuda, le réalisateur impose son style, sa cadence et surtout son message : pour la première fois, Godzilla devient un défenseur de l’environnement.
L’étrangeté au cœur du scénario
Tout commence lorsqu’une sonde spatiale ramène sur Terre une créature visqueuse qui se gorge rapidement de déchets humains. Ce slime s’intègre aux océans, se nourrit de nos immondices et finit par s’extraire des flots pour avaler des volutes industrielles. À force de grandir et d’absorber les polluants, il se métamorphose en Hedorah, monstre grotesque capable de voler… et quasi indestructible. Face à cette menace née de la pollution, Godzilla doit affronter bien plus qu’un adversaire physique : c’est un combat contre notre propre irresponsabilité.
Le choc est d’autant plus brutal que l’atmosphère du film oscille sans cesse. Tourné en à peine 35 jours avec un budget réduit — période où la franchise commençait à s’essouffler — ce « Godzilla » alterne séquences absurdes, visions sombres et touches enfantines. On passe sans transition d’un ton burlesque (voir Godzilla voler grâce à son souffle atomique) à une angoisse palpable : lorsque Hedorah tue en masse, les humains préfèrent faire la fête plutôt que fuir l’apocalypse.
Un final chaotique pour un film culte rejeté
La scène d’affrontement final ne ressemble à aucune autre du bestiaire kaiju. L’armée tente désespérément d’assécher Hedorah à l’aide d’un rayon spécial tandis que Godzilla arrache littéralement les yeux du monstre pour les pulvériser au souffle radioactif. La réalisation ose même des passages animés, accentuant encore l’aspect pamphlétaire.
Fait rare dans la saga : malgré une bande originale enjouée signée Riichiro Manabe, le générique interpelle gravement sur le sort de la planète — « Will there be another? » — et la possibilité d’un nouveau désastre écologique si rien ne change.
Malgré ses ambitions et ses trouvailles visuelles, le film a longtemps fait l’objet d’un véritable rejet par ses propres producteurs : Banno, limogé sans ménagement, n’a jamais pu tourner sa suite prévue. Ironie du sort, cet épisode atypique attire aujourd’hui les amateurs pour sa liberté formelle autant que pour son propos visionnaire sur la pollution.
L’héritage paradoxal d’un outsider
Certains fans y voient désormais un jalon essentiel dans l’histoire de Godzilla. Unique par sa folie comme par sa gravité sous-jacente, « Godzilla vs. Hedorah » a transformé une série vieillissante en terrain d’expérimentation osée — quitte à diviser durablement public et critiques.