En bref
- Bruce Willis a lancé un album via un faux doc
- HBO a transformé Bruno en blague géante
- Le film intrigue plus que le disque
Le plus étonnant avec The Return of Bruno, ce n’est pas l’album. C’est le dispositif autour. En 1987, Bruce Willis, encore surtout associé à Moonlighting et pas encore à Die Hard, s’invente un passé musical entier avec un faux documentaire signé HBO. Et franchement, l’idée reste plus forte que le résultat sonore.
Le vrai sujet, c’était moins l’album que le personnage
Avant même d’être une curiosité télé, The Return of Bruno est un disque sorti chez Motown Records. Bruce Willis y adopte l’alter ego de Bruno Radolini et aligne des morceaux de blues, de soul et de R&B. Le single mis en avant, une reprise de Respect Yourself des Staples Singers, était arrivé fin 1986 et avait même eu droit à une critique dans Spin Magazine.
Mais le public, lui, a surtout vu un acteur comique faire un pas de côté un peu trop voyant. Le projet paraissait ambitieux, audacieux, parfois carrément mégalo. Même le titre laissait planer un flou assez cocasse, parce que personne ne savait vraiment qui était ce Bruno, ni de quel retour on parlait.
Un faux documentaire peuplé de stars
La réponse arrivait avec le spécial télé, lui aussi baptisé The Return of Bruno. Le principe, c’est un mockumentary à la manière de This Is Spinal Tap ou des Rutles, où Bruno Radolini devient soudain le musicien le plus influent de tous les temps.
Là, le projet prend une autre ampleur. Ringo Starr explique que Bruno est la raison même de l’existence des Beatles. Michael J. Fox assure, très sérieusement, qu’il est fan, avant de glisser « Il y en a environ 20 d’entre nous ». On croise aussi Brian Wilson, Grace Slick, Elton John, Graham Nash, Phil Collins ou encore Jon Bon Jovi. Le casting est absurde, donc parfait pour ce genre de blague.
Quand la promo devient plus drôle que le produit
Le film dure environ une heure et sa seconde moitié bascule presque en film-concert. Il n’est disponible sur aucun service de streaming, même s’il reste assez facile de tomber sur des copies pirates ou des rip VHS en ligne.
Ce qui frappe, c’est le décalage. Le spécial a de l’autodérision, des clins d’œil, une énergie de bande qui s’amuse. L’album, lui, joue le blues tout droit. Et c’est là que ça coince. People Magazine avait donné un B+ au programme télé en jugeant l’ensemble drôle, tout en estimant que cela ne ferait pas de Bruce Willis une rock star. AllMusic, de son côté, jugeait qu’il n’avait ni la conviction ni la technique des Blues Brothers. Le critique Stephen Thomas Erlewine y voyait surtout un symptôme des excès de la célébrité à l’ère Reagan et de la nostalgie baby-boomer. C’est sévère, mais assez juste.
Ce que ce projet raconte encore aujourd’hui
Le contraste est presque brutal. Quelques mois après ce détour, Bruce Willis enchaînera avec Blind Date, puis surtout Die Hard, et l’image publique changera complètement. Bruno, lui, finira en curiosité pop, au point d’être décliné en dessin animé télé assez bizarre.
En 2026, il reste surtout un objet de rayon occasion, une cassette qu’on achète parfois pour rire. Mais on tient aussi un rappel utile, la promo culturelle pouvait déjà fabriquer un univers entier autour d’un produit moyen. Aujourd’hui, ça nous paraît très moderne. C’est peut-être ça, le plus troublant.