Tl;dr
- Haxan mélange documentaire et fantasmagorie pour décrire les chasses aux sorcières, avec des scènes de nudité et de violence extrême choquant le public.
- La censure intervient rapidement aux États-Unis et en Europe, certaines séquences étant jugées « satanistes, blasphématoires et profondément perturbantes ».
- Réhabilité en 1929, le film conserve une influence majeure sur le cinéma d’horreur, inspirant des réalisateurs contemporains comme Robert Eggers.
Un film culte aux images dérangeantes
À sa sortie en 1922, Haxan: Witchcraft Through the Ages a immédiatement suscité la controverse. Réalisé par Benjamin Christensen, ce long-métrage danois ambitionnait de lever le voile sur les violences infligées lors des chasses aux sorcières médiévales. Mais l’œuvre ne s’arrête pas à une simple reconstitution historique : elle plonge dans une noirceur rarement égalée, mêlant documentaire et fantasmagorie macabre. Les images qu’elle propose, d’un réalisme troublant pour l’époque, oscillent entre nudité frontale et scènes d’une violence inouïe — hommes, femmes, enfants n’y échappent pas.
Censure et polémique internationale
Malgré un accueil critique favorable dans certains cercles, les censeurs américains et européens ne tardent pas à réagir. Dès sa sortie, Haxan est interdit dans plusieurs pays, dont les États-Unis. La raison ? Des séquences jugées « satanistes, blasphématoires et profondément perturbantes ». Une scène en particulier choque durablement : une sorcière exhibe un nourrisson mort, sacrifié lors d’un rituel sanglant. Ailleurs, des supplices inimaginables sont infligés à l’écran : victimes ébouillantées vivantes ou torturées par des démons armés de fourches. Il n’est donc guère surprenant que l’œuvre ait provoqué un tollé chez les autorités morales du début du 20ème siècle.
L’héritage persistant de Haxan
Finalement réhabilité en 1929, le film continue pourtant de fasciner et d’effrayer les spectateurs plus d’un siècle après son lancement. La modernité de son traitement du mal et son audace visuelle ont marqué durablement le genre. À titre d’exemple, le réalisateur Robert Eggers revendique ouvertement son influence pour sa propre vision cauchemardesque de la sorcellerie dans The Witch, sorti en 2016.
Dans la liste des points qui font aujourd’hui encore la singularité de ce chef-d’œuvre controversé :
- L’inspiration assumée par le traité médiéval « Malleus Maleficorum ».
- L’alternance permanente entre approche pseudo-scientifique et imaginaire débridé.
- L’impact visuel d’une mise en scène sans compromis.
D’un scandale à un statut culte
En définitive, si certains films horrifiques continuent de faire scandale ou de subir la censure au 21ème siècle — comme l’a illustré récemment le remake controversé de Snow White interdit au Liban — peu peuvent prétendre au pouvoir subversif intact de Haxan. Plus qu’une curiosité cinéphile, il reste une expérience sensorielle à part entière : dérangeante hier comme aujourd’hui.