O Brother, Where Art Thou? : quand les frères Coen réinventent L’Odyssée avant Christopher Nolan

Image d'illustration. O Brother, Where Art Thou?Touchstone Pictures / PR-ADN
Sans jamais lire le texte original, les frères Coen ont réinventé L’Odyssée avec humour et musique.
Tl;dr
- O Brother, Where Art Thou? s’inspire de L’Odyssée sans que les frères Coen aient lu le texte original, sauf un acteur.
- Le film détourne les éléments mythiques avec humour et créativité, transposant l’histoire dans le Sud des États-Unis en 1937.
- Malgré l’absence de fidélité historique, l’œuvre reste cohérente et marquante, témoignant du style unique et réinventif des frères Coen.
Quand l’inspiration dépasse la fidélité
Avant la sortie de The Odyssey réalisé par Christopher Nolan prévue pour 2026, il serait dommage de passer à côté d’une autre relecture tout aussi fascinante du poème d’Homère. Pourtant, difficile de deviner que les créateurs de O Brother, Where Art Thou?, Joel et Ethan Coen, n’ont jamais parcouru le texte original avant d’écrire leur scénario. Ce sont eux-mêmes qui l’admettaient, non sans ironie, dans les colonnes de The Guardian en 2000. Seul Tim Blake Nelson, qui campe l’un des rôles principaux et possède une formation en lettres classiques à Brown University, pouvait se targuer d’avoir lu le chef-d’œuvre antique – « En grec ?», s’amusaient alors les deux frères.
Détournement brillant et clins d’œil assumés
O Brother, Where Art Thou?, porté par George Clooney, John Turturro et donc Tim Blake Nelson, suit trois évadés menés par Ulysses Everett McGill – clin d’œil appuyé au héros mythique. Leur périple dans le Sud des États-Unis en 1937 reprend, souvent avec un humour décalé et des références distillées, plusieurs éléments-clés de L’Odyssée. Sirènes chanteuses ensorcelantes, cyclope incarné par un inquiétant leader du Ku Klux Klan (John Goodman) ou encore devin aveugle balisant leur chemin… Les parallèles abondent, mais toujours réinterprétés avec liberté. La quête du trésor dissimule en réalité une volonté farouche de reconquérir Penny (Holly Hunter). Dans cette fresque burlesque et musicale – dont la bande-son a marqué les esprits –, la fidélité au texte laisse place à l’esprit et à la créativité.
Aucune recherche historique… mais un univers unique
Ce parti pris d’appropriation va bien plus loin : les frères Coen n’ont pas cherché à documenter précisément ni l’époque ni le lieu où ils situent leur histoire. « C’est plutôt aléatoire qu’autre chose », glissait Joel avec malice au même journaliste britannique. Pourtant, force est de constater que le film séduit par sa cohérence propre. Loin des canons académiques ou des adaptations scolaires, il propose une relecture personnelle, vibrante et profondément ancrée dans l’imaginaire américain.
Séparations temporaires et avenir incertain des frères Coen
Après le succès critique de ce film culte puis celui de The Ballad of Buster Scruggs en 2018, les chemins créatifs des deux frères se sont écartés. Selon leur collaborateur musical attitré Carter Burwell, c’est Ethan qui aurait choisi de prendre du recul avec le cinéma, laissant Joel diriger seul The Tragedy of Macbeth. Si cette pause semblait durable, Ethan est finalement revenu derrière la caméra en août 2025 avec Honey, Don’t!. Tous deux affirment cependant que cette séparation n’a rien d’une rupture définitive : ils possèdent encore une réserve commune de scénarios inédits.
Au fond, on ne peut s’empêcher d’espérer : après avoir brillamment réinventé l’épopée grecque sans jamais y plonger le nez… Qui sait jusqu’où ira leur prochain détournement ?