La saison 2 de Sandman sur Netflix gâche totalement l’une des scènes les plus déchirantes du comics
La saison 2 de Sandman sur Netflix adapte l’un des passages les plus poignants du comics culte, mais opère des choix scénaristiques qui en atténuent considérablement l’impact émotionnel, suscitant la déception chez de nombreux fans et lecteurs de la première heure.
Tl;dr
- L’adaptation TV fait perdre toute sa profondeur et son impact au personnage de Wanda.
- Les moments émotionnels clés sont dépourvus d’humanité.
- La série a raté sa chance de bien représenter la communauté trans.
Un personnage central vidé de sa substance
La diffusion de la saison 2 de The Sandman sur Netflix remet sous le feu des projecteurs un choix créatif critiqué par nombre de fans : l’adaptation ratée du personnage de Wanda, incarnée par Indya Moore. Pourtant figure incontournable et pionnière de la représentation trans dans les comics, Wanda est ici réduite à une apparition fugace, dénuée de l’épaisseur qui faisait toute sa force dans la bande dessinée originale.
L’essence du personnage sacrifiée à l’écran
Dans la version papier, « A Game of You » — cinquième tome des aventures de Dream — offrait à Wanda une place prépondérante. Elle y incarnait la loyauté, la bravoure, mais aussi cette humanité rare qui démarquait tant la série signée Neil Gaiman. Sa trajectoire était marquée par les doutes, parfois la cruauté du regard d’autrui, et une mort bouleversante soulignée par un hommage poignant de son amie Barbie. Au fil des pages, la souffrance liée à la transidentité s’inscrivait dans une réalité sociale complexe, sans jamais nier sa légitimité.
À l’inverse, l’adaptation télévisuelle fait le choix étonnant d’écarter quasi intégralement cette intrigue majeure au profit d’une intervention brève dans l’arc « Brief Lives ». Dès lors, Wanda n’est plus qu’un faire-valoir : son histoire se résume à cinq minutes d’antenne avant d’être expédiée hors champ. Cette simplification nuit gravement à la portée émotionnelle du récit.
Des choix narratifs édulcorés et déconnectés
Ce constat se cristallise dans la scène du cimetière. Là où le comics montrait Barbie s’emparant du rouge à lèvres préféré de Wanda pour réécrire son prénom sur sa tombe – geste fragile mais profondément humain face au rejet social –, la série télévisée préfère confier ce moment clé à Dream lui-même. Ce dernier use simplement de magie pour imposer une vérité définitive, annihilant toute notion d’acte individuel ou de résistance intime. La charge symbolique en sort considérablement amoindrie.
Au passage, les dialogues attribués à Wanda tombent dans le piège du discours générique sur l’affirmation de soi, loin des échanges nuancés et percutants imaginés il y a trente ans. Une liste non exhaustive permet d’illustrer cette évolution :
- Diminution drastique du temps consacré au développement du personnage.
- Sacrifice des interactions humaines fondatrices.
- Pertes des subtilités liées aux enjeux trans identitaires.
L’occasion manquée d’une adaptation audacieuse
On ne peut que regretter cette frilosité narrative alors que même Neil Gaiman, interrogé il y a quelques années, reconnaissait qu’il aurait traité différemment le parcours de Wanda s’il écrivait aujourd’hui. Promesse avait été faite d’associer des scénaristes trans au projet ; elle reste lettre morte. Dans un contexte où les droits des personnes trans sont régulièrement remis en question, ce recul est d’autant plus regrettable. L’histoire originelle avait su toucher et éveiller toute une génération ; la version Netflix passe tristement à côté de cet héritage.