En bref
- Le film tournait presque tout sur fond bleu
- Il a échoué malgré environ 64 millions d’euros investis
- Son idée annonce les plateaux virtuels actuels
Les plateaux LED d’aujourd’hui n’ont pas surgi de nulle part. Bien avant que The Mandalorian ne rende ce modèle familier, Sky Captain and the World of Tomorrow avait déjà tenté quelque chose de très proche, avec vingt ans d’avance ou presque. Le paradoxe est là, et il est assez cruel, le film a raté sa sortie alors que son intuition, elle, a fini par gagner Hollywood.
Un modèle de tournage arrivé avant son public
Ce qui distinguait vraiment Sky Captain and the World of Tomorrow, ce n’était pas son aventure rétro-futuriste avec robots géants, avions et savants inquiétants. C’était sa fabrication. Kerry Conran a filmé Jude Law, Gwyneth Paltrow et le reste du casting sur fond bleu, puis a bâti autour d’eux un univers numérique complet.
Villes, paysages, machines, aéronefs, tout ou presque passait par l’ordinateur. En gros, au lieu de construire d’immenses décors ou d’envoyer une équipe sur site, le film inventait son propre monde après le tournage. Pour 2004, l’ambition était énorme. Et visuellement, ça donnait déjà cette impression étrange d’un cinéma hybride, entre prises réelles et décor fabriqué.
D’un essai maison à un film de studio
Le plus frappant, c’est l’origine du projet. Kerry Conran avait d’abord bricolé un court-métrage sur son ordinateur personnel pour montrer ce qu’il pouvait tirer des outils numériques. L’essai a fini par attirer Jon Avnet, qui a aidé à transformer cette démonstration en long-métrage de studio.
Résultat, une production avec vedettes et un budget estimé à environ 64 millions d’euros (70 millions de dollars). Ce n’était pas un film traditionnel saupoudré d’effets spéciaux. La technologie servait de base à toute la production. Nuance importante, quand même, parce que c’est précisément ce glissement qui fait du film un cas à part.
Le flop qui n’a pas enterré l’idée
À sa sortie, le 17 septembre 2004, le film a immédiatement été remarqué pour son look. Pas pour ses entrées. Avec des recettes mondiales d’environ 53 millions d’euros (58 millions de dollars), Sky Captain and the World of Tomorrow a fini en déception commerciale.
Le public n’a pas suivi, malgré une proposition visuelle que peu de productions live-action tentaient alors à cette échelle. Et c’est là que le film devient intéressant, au-delà de son échec. Son principe n’a pas disparu avec lui. Il a continué à infuser, discrètement, jusqu’à devenir une voie crédible pour tourner des mondes entiers sans les construire physiquement.
Pourquoi ce cas reste intéressant aujourd’hui
Quelques années plus tôt, George Lucas et Industrial Light et Magic avaient déjà beaucoup poussé l’usage du numérique sur Star Wars: Episode I, The Phantom Menace. Mais ce film conservait un appui important sur des décors, des lieux et une logique de tournage plus classique. Sky Captain and the World of Tomorrow prenait la même direction, en plus radical.
Bon, il serait excessif d’en faire l’unique origine du cinéma virtuel moderne. Mais il avait aperçu très tôt une méthode que l’industrie n’a cessé de raffiner depuis. Aujourd’hui, des villes entières peuvent n’exister que sous forme numérique pendant que les acteurs jouent comme s’ils étaient sur place. Le film n’a pas changé Hollywood à lui seul. Il a juste montré, trop tôt, vers quoi Hollywood allait.