WALL-E : Pixar imaginait une fin proche de La Planète des singes

Image d'illustration. Wall-EPixar / PR-ADN
Avant sa version finale, WALL-E a failli montrer des humains méconnaissables, devenus des masses gélatineuses. Une idée écartée, mais révélatrice.
En bref
- WALL-E a failli avoir une fin plus sombre
- Les humains étaient pensés comme des blobs gélatineux
- Peter Gabriel a aidé à changer cette idée
Le WALL-E sorti en 2008 était déjà assez acide sur notre rapport à la technologie. Mais Andrew Stanton avait d’abord en tête quelque chose de bien plus dérangeant, presque de la pure science-fiction à twist, loin de la fable mélancolique que le public a retenue.
Une révélation finale bien plus inquiétante
Dans une ancienne version du film, les descendants des humains partis de la Terre ne savaient même plus qu’ils étaient humains. Andrew Stanton comparait lui-même cette idée à la révélation finale de La Planète des singes, le film de 1968. Le contraste est frappant. Là où le WALL-E final garde une note optimiste après avoir mené son héros et l’humanité au bord du gouffre, cette piste initiale tirait clairement vers quelque chose de plus étrange, et plus noir.
Et ce n’était pas juste une lubie visuelle.
Le point de départ venait d’un vrai problème spatial
L’idée partait des travaux de John Hicks, chercheur à la NASA, que Stanton citait à l’époque. Le sujet, lui, est très concret : que devient le corps humain pendant des années en apesanteur. Pour un aller-retour vers Mars, on parle d’environ trois ans de voyage, donc de la perte osseuse et de l’atrophie liées au manque d’usage si la gravité n’est pas correctement simulée.
Selon Stanton, Hicks expliquait que si ce paramètre était mal géré, les voyageurs finiraient comme une grosse masse informe. Le réalisateur a alors eu cette réaction, traduite littéralement : « Mon Dieu, c’était parfait ». On voit très bien le déclic. Une donnée scientifique sérieuse, et d’un coup une idée de cinéma d’animation qui part complètement de travers.
Pourquoi Pixar a reculé
Au tout début, Stanton a donc imaginé des humains devenus des sortes de gelées vivantes. Il racontait les avoir conçus comme de gros blobs de Jell-O, qui tremblotent et gigotent, parce qu’il trouvait ça drôle. Sauf que l’ensemble allait trop loin, même pour lui. Il finira par reconnaître, dans une citation qu’on peut traduire ainsi, « c’était tellement bizarre que j’ai dû revenir en arrière ».
Le virage s’est fait grâce à Peter Gabriel. Le musicien lui a parlé de la néoténie, cette idée selon laquelle l’évolution peut conserver des traits juvéniles quand certaines fonctions ne servent plus à survivre. À partir de là, les blobs ont laissé place aux fameux humains-bébés du film final. C’est plus lisible, franchement plus élégant, et la métaphore reste intacte : il est temps de se lever et de grandir.
Ce que le film a gardé de cette idée
Le résultat qu’on connaît n’a rien d’inoffensif pour autant. Le vaisseau-colonie ressemble à un centre commercial infini, les survivants sont devenus dépendants à leurs écrans et à l’assistance permanente, et leur corps lui-même raconte cette régression. Stanton ajoutait même une idée assez maligne : dans l’univers de WALL-E, ces humains auraient autrefois été photoréalistes avant de prendre ce look rond, simplifié, presque cartoon, à force de vivre loin de la Terre.
Bref, Pixar a abandonné le twist façon La Planète des singes. Mais ce détour en dit beaucoup sur le film : derrière son robot amoureux et son apparente douceur, WALL-E a toujours flirté avec une vision beaucoup plus inquiétante de notre futur numérique.